Chère lectrice,
cher lecteur

Cristof






Je me présente : Cristof est mon nom, depuis le 8 septembre 1948, à dix heures quarante du matin. Dix-neuf ans plus tard, le 3 juillet 1967, le destin me présente Mère, qui me fait tout de suite plusieurs cadeaux : un passé en suspens, un présent en péril, et un avenir en Elle. Elle me donne en même temps une nouvelle naissance. Mais ne vous effrayez pas, ce n’est pas de moi qu’il s’agit sur ce site, heureusement pour vous, et pour moi ! Il s’agit seulement de faire un peu connaissance. C’est bien de savoir à qui l’on parle.
    Donc, nous disions que ma mère s’appelait Svetlana Pitoëff, fille de Georges et Ludmilla Pitoëff (oui, ces êtres sans frontières qui ont voyagé dans l’espace théâtral au début du siècle dernier qui faillit bien être le dernier siècle, et y ont découvert beaucoup d’étoiles encore inconnues de la plupart des Terriens parisiens : ils les ont nommées Shakespeare, Tchekhov, Ibsen, Pirandello, Shaw, O’Neill, Supervielle, Cocteau et j’en passe, toute une galaxie !) et mon père Wallace Alward, lui-même fils adoptif de la deuxième guerre mondiale et proche ami des rouges-gorges, des primevères et de la solitude. Son âme canadienne issue des grands lacs se noiera dans les cafés de Rueil-Malmaison à deux pas du Parc où mon enfance a passé par moi, et où je passe encore un peu de temps avec elle, quand le temps me laisse un peu d’espace pour voyager en lui.
    Après la rencontre inespérée avec Mère en 1967, je rentrai en France et découvris très vite que je n’avais plus de pays, plus de passé, plus de présent, seulement un avenir encore totalement invisible et imprévisible. Comment vivre ? Michel Small (Micky) m’avait sauvé la vie à 15 ans en me prenant dans ses bras sur le seuil du Lycée Marcel-Roby dont le directeur m’avait fortement conseillé de poursuivre mes études ailleurs, et m’avait emmené à Dieulefit, à la Roseraie, pour y retrouver le goût de l’art et de la vie enfin réunis dans les collines de la Drôme, et le parfum des roses qui avait plutôt le goût des pommes chapardées par les belles nuits d’été. Je ne pouvais pas demander à Micky de me ressusciter une deuxième fois, je n’aimais pas la publicité et je n’avais pas encore pris la décision de devenir un Dieu. Surtout que ma vie était en train de déménager à mon insu à Pondichéry, pour vivre auprès d’Elle. Il aurait fallu prendre délicatement cette vie par un bout sans toucher aux autres et faire trembler tout le tas, un peu comme au mikado. Pas facile. (Mère savait le faire, mais ça peut prendre des vies avant de La retrouver). Alors j’ai décidé de me prendre pour un philosophe, mais je suis mal tombé. À Nanterre, Daniel Cohn-Bendit avait décidé, lui, que ma carrière de philosophe commencerait à la Sorbonne et que mes premiers pavés se trouveraient non pas dans les bibliothèques mais dans la rue. Moi, cette révolution-là, je n’y croyais plus. Je l’ai faite mais le cœur n’y était pas. Le cœur était en Inde. Avec Elle. Alors sous les pavés, la plage ? Non, Billancourt et le Théâtre du Soleil. Mais le soleil brillait trop fort en Inde. Il m’aveuglait. À Paris, même en plein jour, même sur les belles scènes d’Ariane dont j’essayais de tenir le fil pour y jouer au funambule, c’était la nuit.
    Alors en 1969, l’écume des jours me reposa sur les rivages du Coromandel. Sur les terres de l’Inde éternelle. Dans les rues sans pavés de Pondichéry où ne circulaient que des vélos Raleigh (deux voitures mythiques passaient de temps en temps et les vaches, lentement, s’écartaient parfois). Dans les maisons de l’Ashram où les plantes avaient toutes un nouveau nom, donné par Mère. Cela me donna une idée : avoir un nouveau nom d’abord pour ensuite devenir une fleur ?
     Une fleur et des arbres à planter sur le plateau désertique d’Auroville ? Des routes à creuser, des êtres à retrouver à cent mètres de profondeur pour y retrouver la source de Son Rêve : une ville qui se bâtit éternellement au jour le jour. L’aurore d’une vie nouvelle sur la Terre ?
     Mère me fit d’autres cadeaux-surprises : elle fit disparaître mon billet de retour en France, mon pays, mes nationalités, mes civilisations, et Dieu sait quoi encore. Tant de civilisations pour faire un barbare ? Et Elle me donna un nouveau nom et une nouvelle adresse, juste à côté de chez Elle. Il valait mieux renaître, finalement, encore une fois. Mais il ne suffit pas de renaître, il faut changer la vie. Tout le monde le sait, le dit et …. c’est tout ?
     À l’Ashram, j’enseigne aux jeunes Indiens à conjuguer le verbe être plutôt que le verbe avoir. Ils m’apprennent à conjuguer ma vie à la leur. Mon présent à leur avenir. Et j’ai aussi depuis 40 ans l’ambition de traduire les œuvres de Sri Aurobindo en français. Lisez la traduction de La Vie Divine que j’ai faite grâce à Archaka (Alexandre Kalda) et celle de La Poésie future et des Fondements de la culture indienne. Pas seulement pour la traduction, qui est très bien, mais pour l’original qui est encore meilleur. Mais prenez garde : vous avez toutes les chances, et même la chance, vous aussi, de renaître. Prévenez vos parents, et vos amis, au cas où. Au chaos dans votre vie et dans la leur. Prévenez-les que l’avenir se rapproche vitesse grand V. V pour Vérité, bien sûr. Mieux vaut la Vérité que l’abîme. Mieux vaut la lumière.
      Je vous souhaite une bonne cueillette de ces fleurs dont je vous offre quelques bouquets parfumés de Sa tendresse.

Cristof

Je me présente : Cristof est mon nom, depuis le 8 septembre 1948, à dix heures quarante du matin. Dix-neuf ans plus tard, le 3 juillet 1967, le destin me présente Mère, qui me fait tout de suite plusieurs cadeaux : un passé en suspens, un présent en péril, et un avenir en Elle. Elle me donne en même temps une nouvelle naissance. Mais ne vous effrayez pas, ce n’est pas de moi qu’il s’agit sur ce site, heureusement pour vous, et pour moi ! Il s’agit seulement de faire un peu connaissance. C’est bien de savoir à qui l’on parle.
    Donc, nous disions que ma mère s’appelait Svetlana Pitoëff, fille de Georges et Ludmilla Pitoëff (oui, ces êtres sans frontières qui ont voyagé dans l’espace théâtral au début du siècle dernier qui faillit bien être le dernier siècle, et y ont découvert beaucoup d’étoiles encore inconnues de la plupart des Terriens parisiens : ils les ont nommées Shakespeare, Tchekhov, Ibsen, Pirandello, Shaw, O’Neill, Supervielle, Cocteau et j’en passe, toute une galaxie !) et mon père Wallace Alward, lui-même fils adoptif de la deuxième guerre mondiale et proche ami des rouges-gorges, des primevères et de la solitude. Son âme canadienne issue des grands lacs se noiera dans les cafés de Rueil-Malmaison à deux pas du Parc où mon enfance a passé par moi, et où je passe encore un peu de temps avec elle, quand le temps me laisse un peu d’espace pour voyager en lui.
    Après la rencontre inespérée avec Mère en 1967, je rentrai en France et découvris très vite que je n’avais plus de pays, plus de passé, plus de présent, seulement un avenir encore totalement invisible et imprévisible. Comment vivre ? Michel Small (Micky) m’avait sauvé la vie à 15 ans en me prenant dans ses bras sur le seuil du Lycée Marcel-Roby dont le directeur m’avait fortement conseillé de poursuivre mes études ailleurs, et m’avait emmené à Dieulefit, à la Roseraie, pour y retrouver le goût de l’art et de la vie enfin réunis dans les collines de la Drôme, et le parfum des roses qui avait plutôt le goût des pommes chapardées par les belles nuits d’été. Je ne pouvais pas demander à Micky de me ressusciter une deuxième fois, je n’aimais pas la publicité et je n’avais pas encore pris la décision de devenir un Dieu. Surtout que ma vie était en train de déménager à mon insu à Pondichéry, pour vivre auprès d’Elle. Il aurait fallu prendre délicatement cette vie par un bout sans toucher aux autres et faire trembler tout le tas, un peu comme au mikado. Pas facile. (Mère savait le faire, mais ça peut prendre des vies avant de La retrouver). Alors j’ai décidé de me prendre pour un philosophe, mais je suis mal tombé. À Nanterre, Daniel Cohn-Bendit avait décidé, lui, que ma carrière de philosophe commencerait à la Sorbonne et que mes premiers pavés se trouveraient non pas dans les bibliothèques mais dans la rue. Moi, cette révolution-là, je n’y croyais plus. Je l’ai faite mais le cœur n’y était pas. Le cœur était en Inde. Avec Elle. Alors sous les pavés, la plage ? Non, Billancourt et le Théâtre du Soleil. Mais le soleil brillait trop fort en Inde. Il m’aveuglait. À Paris, même en plein jour, même sur les belles scènes d’Ariane dont j’essayais de tenir le fil pour y jouer au funambule, c’était la nuit.
    Alors en 1969, l’écume des jours me reposa sur les rivages du Coromandel. Sur les terres de l’Inde éternelle. Dans les rues sans pavés de Pondichéry où ne circulaient que des vélos Raleigh (deux voitures mythiques passaient de temps en temps et les vaches, lentement, s’écartaient parfois). Dans les maisons de l’Ashram où les plantes avaient toutes un nouveau nom, donné par Mère. Cela me donna une idée : avoir un nouveau nom d’abord pour ensuite devenir une fleur ?
     Une fleur et des arbres à planter sur le plateau désertique d’Auroville ? Des routes à creuser, des êtres à retrouver à cent mètres de profondeur pour y retrouver la source de Son Rêve : une ville qui se bâtit éternellement au jour le jour. L’aurore d’une vie nouvelle sur la Terre ?
     Mère me fit d’autres cadeaux-surprises : elle fit disparaître mon billet de retour en France, mon pays, mes nationalités, mes civilisations, et Dieu sait quoi encore. Tant de civilisations pour faire un barbare ? Et Elle me donna un nouveau nom et une nouvelle adresse, juste à côté de chez Elle. Il valait mieux renaître, finalement, encore une fois. Mais il ne suffit pas de renaître, il faut changer la vie. Tout le monde le sait, le dit et …. c’est tout ?
     À l’Ashram, j’enseigne aux jeunes Indiens à conjuguer le verbe être plutôt que le verbe avoir. Ils m’apprennent à conjuguer ma vie à la leur. Mon présent à leur avenir. Et j’ai aussi depuis 40 ans l’ambition de traduire les œuvres de Sri Aurobindo en français. Lisez la traduction de La Vie Divine que j’ai faite grâce à Archaka (Alexandre Kalda) et celle de La Poésie future et des Fondements de la culture indienne. Pas seulement pour la traduction, qui est très bien, mais pour l’original qui est encore meilleur. Mais prenez garde : vous avez toutes les chances, et même la chance, vous aussi, de renaître. Prévenez vos parents, et vos amis, au cas où. Au chaos dans votre vie et dans la leur. Prévenez-les que l’avenir se rapproche vitesse grand V. V pour Vérité, bien sûr. Mieux vaut la Vérité que l’abîme. Mieux vaut la lumière.
      Je vous souhaite une bonne cueillette de ces fleurs dont je vous offre quelques bouquets parfumés de Sa tendresse.

Cristof

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